Bof! J'en ai bavé à cette époque mais palsambleu! voilà que j'en ai la nostalgie.....!
Tout le monde sur le pont! Tu parles: le bon P 693 n'avait sans doutes jamais vu un mec autant sur le pont que moi, allongé, appelant l'Apache pour lui dire et répéter HUG! et RE-HUG!
Départ du Dourdy à 5 heures du mat. pas vraiment réveillé, sur le quai tu prends plein les narines les senteurs mélangées de l'océan, du poisson pas tout à fait frais et du gas-oil de l'échappement des diesels, alors le Second-Maître M......... te conseille de déjeuner: menu sardines à l'huile et pain de guerre, (le pain de guerre, pour les jeunes qui ignorent le service militaire, c'est une sorte de biscuit aussi dur que les tomettes de la cuisine. Il ne devient consommable qu'après avoir trempé quelques jours dans ton quart et alors là tu avales un bol plâtre qui tapisse ton estomac et colmate tes ulcères!)
A ce moment si tu n'est pas Breton, et même parfois si tu l'es, tu est bon pour sentir, en montant à bord, que ce que tu viens de manger ne te profiteras pas beaucoup.
Bon, passons, la journée sera longue, humide, froide et salée, tandis que les pas malades te regardes d'un air à la fois pitoyable et supérieur. Pôvre de toi qui ne supporte pas les mouvements du manège océanique, pourquoi as-tu choisi la Marine quand tu aurais pu être bien au chaud dans la peau d'un secrétaire d'un colonel du Génie! L'esprit d'aventure, mon bon! et le goût d'un Uniforme seyant et pas courant au centre de la Normandie.
Puis le mal de mer passe, le S/M M...... t'apprends à manœuvrer un canot(prononcer canote pour avoir l'air de savoir de quoi vous parlez!) à l'aviron et à la voile et ça devient un vrai plaisir! L'Océan devient un ami et ses mouvements ne te rendes plus malades. Et le Dourdy en Loctudy devient un souvenir agréable, toi un marin passable et le vieux P 693 un yatch de luxe! [FONT=Times][SIZE=7][COLOR=red]
Je suis devenu chauffeur routier après quelques avatars mineurs (ouvrier en usine, vendeur et même aide-agriculteur..) et j'ai bossé sur la route pendant plus de 20 ans. Au cours de ce bail j'ai rencontré quelques phénomènes dont les portraits me reviennent en mémoire. J'ai envie d'en parler comme pour mieux les graver mes souvenirs.
C'était il y a bien longtemps, en ce temps là le permis poids lourd se passait au volant d'un petit camion de 3T5, l'examinateur vous faisait faire 1km ou 2, puis vous montrait quelques dessins ayant vaguement trait au Code de la Route et, si vous aviez fait preuve de politesse, il vous tendait un joli petit papier rose avec lequel le lendemain vous pouviez conduire un semi-remorque de 35T. En voilà un beau conte pour endormir les gosses! ou pour les faire se tordre de rire. Et faire pleurer les « Routiers » d'aujourd'hui.
Je ne voudrais pas être mauvaise langue, mais les conducteurs actuels n'ont rien à voir avec les « chauffeurs » d'hier. J'en parlerai sûrement un de ces jours!
Bon! Revenons à nos moutons comme disait le loup. J'ai envie de causer des « bizarres » que j'ai rencontré sur mes routes et le moins bizarre n'est pas mon premier bahut!
Les Patrons routiers sont des hommes prudents, aussi après m'avoir embauché pour l'été pour convoyer des cageots de salade entre Cavaillon et Lyon et des cageots vides entre Lyon et Cavaillon, le Vieux, ancien routier lui-même, m'a confié un camion encore plus vieux que lui!
Les Grands-Pères se souviennent peut-être des premiers Unics « cabines avancées », des engins avec une énorme cabine toute ronde!Ils pourront en parler aux curieux qui aiment bien tout savoir. Elle était immense cette cabine, les sièges, la couchette et le chauffeur se sentaient tout petit dans cet environnement, tout comme le tableau de bord réduit au minimum: compteur de vitesse, jauge et température moteur! Pas de compte-tours et encore moins de controlographe, cet appareil mouchard qui raconte tout au premier motard vêtu de bleu, ce que ne faisait jamais le carnet de route que les pandores de l'époque appelait d'ailleurs « le menteur! ».
J'ose dire que ce bahut ne m'aimais pas. Il en est des choses comme des gens: on sait immédiatement avec qui on ne s'entendra pas.....il n'y a pas de raisons précises, c'est comme ça et c'est tout! Déjà cet engin ne dépassait pas 80km/h, et son moteur désirait très vivement prendre sa retraite! Donc, dans la vallée du Rhône quand soufflait le Mistral, le vrai, le dur, celui qui enrhumait le nez de Cyrano, je me traînais, de Cavaillon à Lyon, à 60km/h maximum, pied au plancher! Et par toutes les fissures de sa vieille cabine entrait un air glacial, (Si! Si! ou alors vous ne connaissez pas le Mistral!) et en pleines chaudes nuits d'été, je conduisais vêtu d'un gros pull et le nez protégé par un cache-nez en laine bleue, j'ai donc, au cours de ces voyages, attrapé quelques rhumes mémorables dont les éternuements faisaient dire au Vieux avec son meilleurs accent méridional : « Mon bon! C'est à croire que vous êtes allergique à Tambourin! »
Car cette maudite mécanique avait un nom! si j'ajoute que la boite à vitesses était on ne peut plus rétive et que j'ai réveillé, avec les grincements de ses pignons, bon nombres de familles qui se croyaient au calme dans les paisibles villages que je traversais,( Il n'y avait pas d'autoroutes à cette époque.) et que son volant m'a fabriqué de bons biceps tant la direction était directe, pourtant il avait bien 70cm de diamètre. Sept heures de conduite dans cette antiquité valaient trois heures d'entraînement intensif en salle de gym! C'est avec cet horrible engin que pendant trois mois j'ai réussit à livrer mes salades, sans être en retard, fatigué, le nez coulant, mais cependant heureux car j'aimais cette sensation de liberté, de solitude et de responsabilité que ressentait un chauffeur à cette époque dés qu'il avait quitté le parking de son patron!
Et c'est grâce à la régularité de Tambourin que le Vieux a décidé de me garder comme chauffeur, avec un bon camion cette fois. En disant; « Oui! », je savais pas que je venais d'épouser la route et que le mariage allait durer vingt ans!