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Nom du blog :
alainmarine
Description du blog :
M'enfin! qu'est-ce que vous voulez savoir? Souvenirs en vrac! Marine,Route, avec humour si possible!
Catégorie :
Blog Humour
Date de création :
21.05.2007
Dernière mise à jour :
13.11.2007

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ON FERME!

Posté le 13/11/2007 à 12:00 par alainmarine
Je suis obligé, pour diverses raisons de clore ce blog.
Vous pouvez me retrouver sur: [url]souvenirs-de-routier.over-blog.com [/url]

DI NAPOLI FINO ALLA CASA

Posté le 29/10/2007 à 12:00 par alainmarine
Boeuf et cambrioleurs!

Jeudi. Nous entamons le troisième jour de grève. Les allemands, qui ont un correspondant à Naples, sont partis en laissant leurs remorques.
Je suis allé trouver les grévistes pour avoir un tuyau, je n'ai pas obtenu de franche réponse: « Il sciopero è come una farfalla, si porsi qui e si fermi qua! Perche non oggi! » ( La grève est comme un papillon, elle se pose ici et s'arrête là! Pourquoi pas aujourd'hui!)
Les ouvriers avec qui nous avions sympathisé nous ont indiqué un petit restaurant devant lequel il est possible de garer un tracteur. Le patron, un homme grand et sec au visage sévère, vêtu de noir, est un ancien légionnaire nommé Gianni qui parle bien français et qui a plaisir à nous recevoir.
Nous nous inquiétons un peu pour Jésus et Ruis le portugais. Le change ne les avantage pas, si la grève dure trop ils vont avoir des soucis. Hier soir, sous le prétexte de l'anniversaire d'Henri, nous les avons invités à dîner.
A midi Double-mètre avait pris sa première leçon d'italien. Gianni était venu à notre table quand un pauvre bougre de serveur laissa tomber une pizza déclenchant l'ire de son patron: « Porca miseria! Asino, imbecille, stupido idiota! » un silence puis l'insulte suprême: « Bue! »
« J'ai, dit Double-mètre, tout compris sauf ''Bue''. C'est quoi? » Gianni a déjà oublié sa colère. « Ca veut dire boeuf » « Boeuf? C'est pas une insulte ça! » « En italien si! Mais l'explication n'est amusante que dans notre langue! » « Dites toujours, on va voir si je comprends. » « Bene! écoutez: bue perche lui é lento e pesante, sua moglie é vacca, é cornuto e senza... ballottes! ». ( Boeuf parce qu'il est lent et pesant, sa femme est vache, il porte des cornes et il n'a plus de...bijoux de famille!)
Double-mètre a compris. Il éclate de rire et nous dit: « Celle-là je la ressortirais! » On peut lui faire confiance.
La matinée se passe sans changements. La grève est tranquille et les ouvriers jouent aux cartes. A l'heure du déjeuner nous allons chez Gianni.
Averti de certaines ''coutumes napolitaines'' Henri s'était inquiété d'éventuelles visites indésirables à son tracteur. L'ex-légionnaire l'avait rassuré: " Vous êtes chez moi. Ici on respecte mes invités!"
Nous prenons le café quand Henri s'aperçoit qu'il n'a plus de cigarettes. Un saut à sa réserve au tracteur.... Il revient presqu'aussitot! " Tout volé, ils m'ont tout volé, ma cabine est vide..." Gianni intervient: "On a pillé ton camion?" "Oui, je croyais qu'on respec...." Gianni l'interrompt, il est pâle de colère, une colère qui n'a rien a voir avec celle qu'il a eu contre son serveur. "Va t'asseoir, prends un café où ce que tu veux..."
Henri déclare: "Tout a disparu, même la radio! Même mon duvet, heureusement que j'avais pris mon portefeuille! Il faut que j'aille à la police..." "Pas de police chez moi! Attends! Moi, j'ai a faire. Je vais revenir." Subjugué par le ton presque brutal Henri s'exécute.
Deux heures s'écoulent. Henri déprime. Gianni revient, il pause sa main sur l'épaule de notre copain: "Je suis désolé de ce qui vient de se passer, c'est une déplorable erreur! Va voir ton camion." Henri se précipite, nous le suivons. Il ouvre sa portière, monte à bord puis redescend: "C'est pas croyable! Tout est en place même la radio...."
Retour au restaurant, Gianni s'adresse à Henri: "Je crois qu'on t'a tout rendu... Ha! non, il va te manquer trois paquets de cigarettes.... Ils étaient déjà distribués, les Gauloises sont chères à Naples! Tu fumeras des Nazionali!" "Comment avez-vous réussi?" "Assez facilement!" Il sourit et déclare en italien: "Non permetto che si rubi i miei amici!" (Je ne permets pas qu'on vole mes amis!)
A voir comment il a réagit je pense que je n'aimerai pas être dans la peau des "svaligiatori".
(cambrioleurs)
Rassérénés nous regagnons l'usine après avoir bien remercié l'ex-légionnaire. Le parking est vide, le gardien nous fait de grands gestes, la grève est fini!
Jésus et Ruis sont déjà au déchargement. Nous empressons de faire de même! Ils ont finis avant nous. Au revoir, ce sont des copains que nous reverrons avec plaisir, un jour, quelque part en Europe.
Le lendemain nous sommes dans la banlieue de Rome pour charger nos bahuts de papier toilette et de couches-culottes pour notre dépôt de Sogaris à coté d'Orly!
En route pour la maison: Genova, Vintimiglia, Nice etc...Nous retrouvons la pluie. Un peu avant Le Muy je décide de faire une pause et mes deux compères suivent.
Installés au comptoir nous commandons des cafés. "Très chauds" réclame Double-mètre. En le servant le garçon renverse le breuvage brûlant sur sa main.
Double-mètre s'énerve et crie: "Espéce de..." un silence puis dédaigneusement il laisse tomber: "boeuf!"











[FONT=Geneva]

BELLA NAPOLI

Posté le 25/10/2007 à 12:00 par alainmarine
Journées un peu spéciales.
Il fait plutôt humide ce lundi matin à Gardanne. Double-mètre, Henri et moi sommes en chargement pour Naples. Ces deux là sont quasi inséparables.
Rien ne prédisposait ''Double-mètre'', du haut de son mètre soixante-sept, avec ses mouvements vifs et sa faconde, à devenir l'ami d'Henri qui, habitué dés son enfance à l'imprévisible et l'improbable, est, en toutes circonstances, d'un calme imperturbable.
Ils étaient juste copains le jour ou, dans une scierie nantaise, ils chargèrent des planches pour Rouen. Voyage assez court qui aurait du être sans problèmes. Toutefois une planche du camion de Double-mètre se mit à glisser doucement vers l'arrière. Au fil des kilomètres, à chaque chaos elle glissai de quelques millimètres. A La Flèche elle dépassait de trois mètres. Il fallait agir! Repousser la planche à la main était utopique. Peu après Alençon un parking se présenta qu'un petit mur séparait d'un verger en contrebas. Appuyer la planche contre le mur et pousser en marche arrière pour tenter de la remettre en place ne prit qu'un instant... Le mur ne résista pas plus longtemps! Le bruit de la chute des pierres n'était pas atténué que nos deux compères étaient déjà reparti. Et la planche continua à glisser.
A trente kilomètres de Rouen, elle dépassait de six mètres et traînait presque par terre! Pour éviter un accident Henri suivait son copain d'aussi prés que possible. Une enseigne aperçue dans un village donna une idée à Double-mètre. Un arrêt, un achat, un brin de bricolage et le voyage reprit, Henri toujours suivant mais secoué par un rire interminable....Le convoi eut quelques succès en traversant Rouen. Chez le client aussi car, pour éviter que la planche ne frotte à terre, Double-mètre avait fixé à son extrémité une paire de patins à roulettes et, pour être en règle avec la loi, surmonté le tout d'un drapeau rouge. C'est dans cet équipage qu'il termina la livraison! Lui et Henri ne devaient jamais oublier cette galère...Une amitié était née!
Nous quittons Gardanne sous une pluie battante. A Vintimiglia il y a encore quelques nuages, à Génova le soleil brille! De péage en péage nous approchons de Napoli, dans les faubourgs je prends la tête pour guider vers l'usine ou je suis déjà venu.
Sur le grand parking qui précède le poste de garde il n'y a qu'un camion turc, rideaux tirés.
Nous nous garons. Documents en main nous allons vers le gardien, Il ne nous laisse pas parler: « La fabbrica è chiusa! Gli operaï fanno sciopero. » (L'usine est fermée. Les ouvriers sont en grève.) « Fino a quando? » (Jusqu'à quand?) « Non so! Domani, dopodomani. Chi lo sa? » (Demain, après-demain! Qui le sait?)
Coup dur. Il nous faut prévenir papé Blanchot. Les ordres sont nets: attendre...Longue journée, chacun s'occupe comme il peut. Durant l'après-midi d'autre bahuts arrivent: deux allemands, un espagnol, un portugais, coté turc rien ne bouge. A dix-neuf heures nous décidons d'aller souper, Henri dételle son tracteur, nous partons à la recherche d'un ''ristorante''. Les allemands font de même, je sais que l'espagnol et le portuguais, désavantagés par le change, mangeront à leurs camions
A notre retour un piquet de grève s'est installé avec drapeaux et banderoles. Même à Naples les soirées sont fraîches en Avril. Les grévistes ont allumé un feu de palettes.
Pas envie d'aller nous coucher, je sors mon camping-gaz, le café, le sucre et j'invite les autres chauffeurs à se joindre à nous. Double-mètre, qui est allé fouiner dans les coins, revient avec un demi-baril qui a du servir de foyer. Des pierres pour le caler; je vais quémander quelques palettes pour faire du feu, nous dégustons notre café au chaud. Jésus l'espagnol va chercher sa guitare et commence à nous régaler de flamenco!
Pendant qu'il joue je me souviens de quelque chose. Il y a deux semaines je suis allé livrer
à Privas chez un célèbre fabricant de crème de marrons. J'en suis reparti nanti de deux sacs de châtaignes de vingt kilos. Oubliés depuis, ils sont dans le coffre de ma semi. En avant pour une ''marronade''.
L'odeur des marrons chauds, la guitare de Jésus attirent les grévistes. Il y a assez de fruits pour tous. Les italiens apportent du chianti, les allemands des bières et une soirée s'improvise.
Jésus joue du Brassens, du Brel, airs connus que nous reprenons en choeur....Les napolitains fredonnent quelques chansons, Jésus, bon musicien, trouve vite les accords d'accompagnement! On chante, on rit, on déguste les marrons....
Puis s'élève le plus célèbre des chansons napolitaines, connue dans le monde entier: O sole mio!
Che bella cosa una giornata di sole
Un' aria séréna dopo la tempesta
Per l'aria fresca pare gia una festa
Che bella cosa una giornata di sole
Nous chantons tous cette ritournelle de Caruso. Le feu s'éteint doucement, la fatigue se fait sentir, il est déjà trois heures. Les italiens s'éloignent, nous regagnons nos cabines « Ciao! Bonsoir!
Gute nacht! Boas noites! Buenas noches! » Chacun dans sa langue souhaite bonne nuit aux autres. Nous nous sommes bien amusés. Le ciel napolitain est brillant d'étoiles et ''l'aria é serena''. A demain!







SUOMI OU FINLAND

Posté le 20/10/2007 à 12:00 par alainmarine
Des yeux qui s'ouvrent!
Antonio est un homme dur. Dur au mal, dur au travail. Il est chauffeur chez les Frères G..... à Carpentras.
Ses parents fuyaient la guerre civile espagnole, le hasard les amena à Monteux. Ils n'avaient rien et la Provence n'offrait que des emplois d'ouvriers agricoles pénibles et peu payés!
De sa jeunesse Antonio garda le souvenir d'une misère due à la guerre mais surtout au manque d'argent! C'est dur d'aller à l'école quand on n'est pas chaudement vêtu et que l'on a faim!
A quatorze ans, certificat d'études en poche, il devint apprenti maçon. Il courba le dos sous les sacs de ciment, remua les ''gachées'', manipula les briques et économisa tout ce qu'il put!
A vingt et un ans il acheta une vieille bâtisse, abandonna le bâtiment pour la route mieux payée! Transport régional pour débuter. Au travail dés six heures le matin, retour aléatoire le soir. Remise en état de sa maison le week-end. Pas souvent de repos mais quand il épousa Raymonde il était chez lui! (Première revanche sur le sort)
Arriva le petit Emmanuel! Antonio redoubla d'efforts et accepta de faire de l'international pour une rémunération plus conséquente.
Sa maison était la mieux équipée: réfrigérateur, lave-linge, douche.... tout le confort de ces années-là! Emmanuel ne manquait ni de vêtements, ni de fournitures scolaires. (Deuxième revanche!)
Le samedi et le dimanche Antonio cultivait son potager. Ce jardin fut la cause d'un accrochage entre sa femme et lui. Raymonde demanda: « Si on mettait quelques fleurs? » « Pourquoi faire? » répondit Antonio. « C'est joli! » « C'est du travail pour rien! » « Ca mettrait un peu de couleur, de beauté... » « Tu veux des fleurs? Bien! Fait les pousser là ou on ne peut rien semer d'utile! »
A l'aube de ses treize ans Emmanuel demanda: « Papa je voudrais un piano.... » « Un piano! Veux-tu devenir musicien? » « Non c'est... » « Alors non! Un piano ne sert à rien. ». Tête baissée, Emmanuel sait qu'il est inutile de discuter avec son père.
Son fils parti Raymonde a quelque chose à dire: « Antoine! (Elle n'a jamais su utiliser son prénom espagnol) il sait en jouer, son institutrice lui a appris, ça ferai de la musique à la maison! » « Vous avez la radio, la télé, pour la musique! » « Mais ce serai SA musique... un peu de gaieté, de plaisir... » Il y a un silence. Elle reprend: « Regarde cette maison Antoine. Toutes mes amies m'envient. J'ai tout le confort, mais il n'y a pas un tableau aux murs, les seules taches de couleurs sont celles du calendrier et des quelques fleurs que je cultive. Penses-y! » Pour Antonio la discussion est close!
Ce lundi de Mars lui réserve une surprise. Ses instructions l'envoient livrer à Pudasjärvi en Finlande. Jamais il n'est allé aussi loin.
De Copenhague à Stockholm, tout va bien, les chaussées sont bien entretenues, Antonio n'a pas de problèmes. Plus au nord la neige fait son apparition et les routes deviennent étroites. Il progresse à vitesse réduite. A Tornio il traverse la rivière Tornionjoki qui sépare la Suéde de la Finlande.
On peut se perdre en Finlande comme ailleurs, Antonio en fait l'expérience. Sur la route enneigée de Pudasjärvi, sans indications il avance lentement. Virage à droite, du coin de l'oeil il perçoit un mouvement: quelqu'un à qui demander son chemin. Arrêt, il descend du camion, fait trois pas et s'immobilise médusé. Devant lui, en bordure de route étincellent trois statues de glace grandeur nature taillées dans une matière si pure, si limpide que l'on croirait du cristal. Le pâle soleil scandinave joue sur elles et ses rayons se décomposant créent des flots de couleurs irisées presque irréelles. Vues ainsi, premiers plans d'une forêt de sapins vert-noir recouverts de neige, elles sont belles à couper les jambes...
Un homme débute une autre statue, Antonio s'adresse à lui en anglais en montrant les sculptures: « You self them how much? » (Vous les vendez combien?) « They are not for sale! » (Elles ne sont pas à vendre!) « It is of the publicity? » « By god! no. » « Alors elles ne servent à rien! » L'homme hoche la tête en souriant: « Elles sont pour ceux qui passent. Ils voient de la beauté et ils emportent de la joie et du bonheur.... » De la joie et du bonheur! Antonio regarde les statues.. il se met à parler en français, un vrai torrent de paroles: « De la beauté, de la joie.. je suis un idiot, je n'ai rien compris...rien...le piano! Oui! J'achèterai le piano! » Une phrase de son père lui revient en mémoire: « Soy tan tonto como un asino rojo! » (Je suis aussi bête qu'un âne rouge!) Il se tourne vers le sculpteur et lui serre longuement les deux mains, « Merci, merci beaucoup, maintenant je sais...je sais! »
Le camion s'éloigne. L'homme le regarde partir. De toutes ces paroles françaises et espagnoles il n'a rien compris. Il sent qu'il vient de se passer quelques chose d'étrange. Une onde chaleureuse part de ses mains et irradie tout son corps. C'est un homme simple. Il a un sourire et se remet à sculpter.






OLD ENGLAND

Posté le 13/10/2007 à 12:00 par alainmarine
Angleterre où Ecosse.
Aller livrer en Angleterre nous arrive rarement. Dommage! C'est un pays agréable ou la police est discrète et polie.
En débarquant à Newhaven ce mardi à six heures je me rends au bureau des douanes. Je sors les documents de la sacoche....et, capendious, pas de porte-feuille, j'ai du le laisser au terminal de Dieppe en prenant le billet d'embarquement! Sans papiers d'identité pas question d'entrer en Grande-Bretagne.
Par chance le douanier présent parle parfaitement français et comme il y a peu de monde il accepte de téléphoner. Il revient et me rassure: « Vos papiers ont été retrouvés, ils vont être confiés à un routier, dans quatre heures ils seront ici. »
Nous sommes seuls dans le bureau et une idée saugrenue me vient en tête, ( j'en ai rarement d'autres!) et je m'adresse au douanier: « Il fut une époque, il y a longtemps, ou français et écossais avaient la double nationalité. Cette loi n'est plus valable en France mais je crois que le ''bill'' anglais n'a pas été abrogé. En tant qu'écossais,comme je livre à Glasgow, ai-je le droit de rejoindre mon pays? » Pour moi c'est une plaisanterie. Le préposé anglais la prend au sérieux: « Je vais me renseigner, Monsieur! »
En attendant je vais prendre un bon petit déjeuner. Tout en dégustant les oeufs miroirs et les saucisses je pense à mon premier voyage sur les terres de '' Her Graceful Majesté!'' (Sa Gracieuse Majesté!)
Janvier, livraison à Kingston Upon Hull. De Newhaven. pour rejoindre la route de Londres il
faut prendre une courte mais très forte montée. Inattention? Stress de conduire à gauche? J'attaque la côte en troisième, le moteur me fait comprendre qu'il n'aime pas, en voulant passer en seconde je cale. Derrière mon camion se forme une longue file de voitures. Les conducteurs attendent, flegmatiques, que je reparte. Pas un coup de klaxon ne se fait entendre. Calme et discrétion! Imaginez la même chose dans la montée de Fourviére quand le tunnel n'existait pas....
A l'usine de Kingston le chef de quai, qui massacre le français avec le même enthousiasme que moi l'anglais, me demande d'aider au déchargement car une partie de son personnel est victime de la grippe. Je me mets à porter les sacs de farine de poisson. Travail fini je suis en sueur et je sens mauvais. Je joue de malchance: les douches sont hors service à cause du gel, je me résigne à repartir pas bien reluisant.
En passant sur les quais j'aperçois un pavillon noir-jaune-rouge. Un bateau belge: qui dit belge dit français au moins au niveau de la langue. J'interpelle un marin et demande à parler au commandant. Celui-ci, un homme grand et fort, m'invite à monter à bord. Ancien marin je connais le rituel, en passant la coupée je me tourne vers le pavillon et salue d'un signe de tête. Le geste plait! J'explique au ''Pacha'' ce qui m'arrive et lui demande l'autorisation d'utiliser les douches du bâtiment.
Le commandant éclate de rire et me dit: « Effectivement vous ne sentez pas la rose mon garçon! Requête accordée. »
Lavé, remis à neuf, je vais remercier le commandant. En bavardant j'apprends qu'il n'est pas belge mais hollandais. Son bateau est un remorqueur de haute mer. Il se prépare à convoyer un ponton pour une société pétrolière à travers la mer du Nord.
Je suis intéressé et comme je lui ai dit que j'avais servi dans la ''Royale'', le ''Pacha'' se fait un plaisir de m'expliquer son travail. A midi il m'invite à partager la table du bord. Le repas est bon et copieux. Il faut pourtant partir, je dois prendre le ferry de Plymouth pour Roscoff. Un grand merci à tous, mais ou est exactement Plymouth! Je n'ai pas la carte adéquate.
Kingston va alors assister à ce spectacle: dans un port britannique, le commandant hollandais d'un remorqueur belge indique, sur des cartes marines, son itinéraire à un routier français!
Surprises du transport international!
Le ferry venant de Dieppe vient d'arriver. Je retourne au bureau des douanes. J'y trouve mes papiers. Celui qui les a apportés est déjà parti.
Je montre ma carte d'identité et mon permis de conduire au douanier. Il me dit: « Vous pouvez y aller, à propos, la loi dont vous me parliez n'est plus valide depuis une trentaine d'années. » « C'est dommage! » « N'ayez pas de regrets, même si elle avait eu court je n'aurai pas pu vous laisser passer. »« Pourquoi? » « Sans documents prouvant que vous étiez français, comment aurai-je pu vous déclarer écossais? »
Implacable logique britannique. Goodbye the Scoland, i remain French! (Adieu Ecosse, je reste Français!) Pourtant je me serais bien vu en kilt!








LES CORONS

Posté le 07/10/2007 à 12:00 par alainmarine
Gens de « Ch'nord! »
Lens! Novembre, vendredi dix-neuf heures. L'usine ou je devais charger est fermée. J'ai le moral dans les chaussettes. Depuis ce matin tout un tas de pépins m'ont retardés! Rentrant de Belgique, à vide je devais passer la frontière rapidement. Las! Je tombe en plein dans une grève du zèle des douaniers français! Pendant que ces messieurs jouent à: je vérifie, tu vérifies, nous vérifions... la file des camions s'allonge et l'attente aussi!
Je parviens à passer. Pluie et froid! A Loos, accident. Je me trouve pris dans un embouteillage. Re-retard! Me voilà bloqué pour le week-end! Célibataire, sans famille, ce n'est, à priori, pas vraiment un problème.
J'ai quand même un souci! A cette époque les chèques sont encore rares et les cartes de crédit inconnues! Je suis à cours de liquidités. En réserve j'ai de quoi me restaurer, pour deux jours la cabine sera mon salon!
J'ai garé le bahut sur une petite place en face de l'usine. Devant moi une rue pas très bien éclairée ou voisinent des maisons toutes identiques: les corons... Le froid est vif, pas un chat dehors! Rideaux tirés, je suis dans un cocon. Radio, lecture, dodo! Une bonne nuit de repos sera bienvenue!
Au matin surprise, il a neigé cette nuit. Deux à trois centimètres à peine mais le paysage est plus attrayant! Je me réveille de bonne humeur! (Il faut dire que je ne suis jamais très longtemps maussade!) Il y a un gardien à l'usine, je lui demande si je ne pourrais pas prendre une douche. Ce brave homme accepte de m'ouvrir un vestiaire. J'en ressort propre, rasé de prés! Le gardien m'offre un café, je passe la matinée à bavarder avec lui! Il me demande: « Vous ne vous ennuyez pas dans votre camion? » « Non! J'ai des livres et la radio! »
A midi je rejoint ma cabine. La neige tient. Malgré le froid, l'après-midi voit plus d'animation. Des enfants qui passent en riant, des adultes qui jouent les équilibristes sur la neige gelée! Vers dix-huit heures je m'aperçois avec horreur que je n'ai plus rien à lire! Après un temps d'hésitation je me décide! Je vais vers la première maison de la rue. C'est un vieux monsieur qui ouvre. Je lui explique qui je suis et demande: « Si vous aviez quelques romans policiers à me prêter.... » « A mon âge je ne lis plus que journal....attendez, ma voisine est institutrice, elle aura bien un livre.. » Je le remercie mais il ajoute: « Je vais vous accompagner, elle aurai peut-être peur d'ouvrir à un inconnu! » Malgré le froid et le sol glissant il me précède.
La voisine est surprise, elle réfléchit un instant puis me confie plusieurs bouquins! Elle questionne: « Vous allez rester là demain? » « Jusqu'à lundi, Madame, je vous rendrais les livres demain soir! » Je la remercie ainsi que son voisin. La soirée ne sera pas trop longue grâce à eux!
Au matin, sur la place et dans la rue, il y a tout un monde soigneusement emmitouflé! Les gens se saluent puis se hâtent de rejoindre leurs maisons: il fait plutôt froid! Je mets un peu d'ordre dans la cabine quand on frappe à la portière! C'est un homme dans la quarantaine, grand, blond, les yeux très bleus, le visage souriant! « Ma femme vous a prêtée des livres. Vous allez rester ici toute la journée? » « Oui! » « Pourquoi vous ne viendriez pas chez nous!.... » J'hésite à répondre, j'ai peur de gêner. Il semble comprendre mon hésitation: « Venez donc, c'est pas bon d'être seul, vous ne dérangerez pas, sais-tu! ». Cette invitation est si naturelle, si simple, si spontanée que je ne peux qu'accepter!
Je suis reçu comme un vieil ami. Je fais connaissance avec une gentille petite fille du nom de Jeanette aussi blonde que son papa! Excellent repas, café, un peu de télévision, je ne suis pas un amateur de la petite lucarne et j'entame une partie de dames avec la petite fille, je suis battu sans discutions. Des voisins viennent faire une visite, café encore, nous bavardons de choses et d'autres. La journée passe rapidement. Ces gens sont incroyablement gentils, j'ai l'impression de les avoir toujours connus. Après le dîner la petite fille doit aller dormir, école oblige. Quand elle vient me dire bonsoir elle tient un livre: « C'est pour toi, tu auras de quoi lire! » C'est une B.D '' Nounouche la petite ourse''
Peu de temps après je quitte mes hôtes, après les avoir grandement remerciés, demain le travail reprends ses droits.
Au moment de partir je tends la B.D au papa: « Je ne voudrais pas priver votre fille de son livre... » « Non, me dit le père, gardez-le, elle vous l'a donné,elle ne saurai le reprendre et aurai beaucoup de peine si vous refusiez... » Je comprends qu'ici on ne reprend pas ce qu'on a donné! En regagnant ma cabine je lève les yeux, le ciel est clair et la lune brille!
Petite histoire sans véritable intéret. Parmi mes B.D j'ai toujours ''Nounouche..'' Et le souvenir de l'hospitalité sans réserve des gens de « ch'nord
Et aussi ces paroles: « Au Nord c'étaient les corons....! »







NUIT AGITEE

Posté le 24/09/2007 à 12:00 par alainmarine
C'est un garçon!

Mon collègue Figasse dit « La Figue » était entré chez le Vieux quelques années avant moi! Son premier travail fut de faire la « ramasse », c'est-à-dire d'aller tous les jours de fermes en coopératives chercher des lots de fruits et légumes prêts à être expédiés. Au cours de ces tournées il rencontra la jolie et brune Mireille qu'il épousa.
Noces provençales avec costumes folkloriques, fifres, tambourins et farandoles, tablées nombreuses, joyeuses, chantantes. Quatre ans après son mariage Figasse était père de huit filles... Deux fois des triplées et une fois des jumelles! « Le Provençal », « Le Méridional » et même « Le Dauphinè Libéré » en parlèrent! Jeu du hasard!
Ce mardi Figasse n'avait en perspective qu'un voyage entre Arras et Le Havre! Sans urgence, avec un trajet court, il prit un bon souper dans un relais aux environs d'Amiens et profita un peu de la télévision avant de reprendre la route serein, tranquille! Tranquillité qui allait bientôt voler en éclat! Le camion avale la N.29 quand un homme se précipite sur la route avec de grands gestes, sur le bas-coté une voiture arrêtée! Serviable La Figue stoppe, (Nous ne sommes pas encore à l'époque des agressions!). L'homme l'interpelle: « Vite! Ma femme attend un bébé! Je suis en panne, voulez-vous la conduire à l'hôpital à 10Km? » Figasse ne saurait dire non! Il ouvre la portière coté passager et, lui tirant, le mari poussant, ils arrivent à hisser la future mère dans la cabine. Le mari apporte un sac et une valise en disant: « Allez-y, ma femme vous expliquera! Chérie, je reste avec la voiture! Téléphone à tes parents, qu'ils viennent me dépanner! » et à Figasse: «Faites vite! » Surpris, mais peu désireux de voir naître un bambin dans son camion, La Figue démarre sans discuter!
Impossible de rejoindre les urgences, un 38T ça ne passe pas partout, il faut se résoudre à stationner devant l'entrée principale de la clinique. Arrêté en double file, Figasse s'inquiète: il n'y a pas un chat dans la rue, bien sur à quatre heures du matin c'est normal. Mais, seul, pas facile de faire descendre la passagère de la haute cabine. En prenant soin de ne pas poser ses mains sur des endroits pouvant prêter à confusion, il parvient à aider la jeune femme, attrape le sac et la conduit vers l'entrée!
Sonnette!, sonnette!, Une infirmière ensommeillée se présente enfin! « Il faut passer aux urgences! » Figasse montre le camion: « Avec ça? » Première réflexion stupide: « Vous n'avez pas de voiture? » Il renonce aux explications: « Il y a encore une valise, je vais la chercher! »
Dans la rue maintenant il y a du monde. Deux gendarmes s'activent. Un surtout, qui rempli avec soins ce qui ressemble à un P.V. « Attendez, crie La Figue, je viens d'amener une dame qui attend un bébé! » « C'est votre femme? » « Non, elle était en panne et.... » Bruit de moteur, coup de frein, claquement de portière, le mari surgit et deuxième phrase idiote: « Qu'est-ce que vous avez fait de ma femme?... » Réaction du second gendarme: « Vous avez enlevé la femme de Monsieur? » « Non, ils.. »
Pas le temps de finir la phrase, réflexe gendarmesque: « Montrez-moi vos papiers! » Figasse se sent comme trahi par l'humanité toute entière! Il monte dans la cabine, attrape sa sacoche et empoigne la valise qu'il pose à terre, tend les documents au pandore et au mari: « Votre femme est à la maternité! » L'homme se précipite et s'engouffre dans la clinique. Le gendarme étudie les papiers sans se presser tandis que La Figue tente de s'expliquer: « Je ne pouvais pas les laisser sur le bord de la route!.... »
Le futur père réapparaît: « J'ai oublié de prendre la valise... » Re-bruit de moteur, une nouvelle voiture vient d'arriver. Un couple âgé en descend et la femme prend la parole: « Ou est ma fille? » « Ce chauffeur, répond le mari, a eu la gentillesse de la conduire ici et elle... » La vieille dame l'interrompt: « Mon gendre, vous êtes un inconscient, on ne confie pas ainsi sa femme à n'importe qui!... » Les gendarmes écoutent ce dialogue passablement surpris. Désireux de reprendre les choses en main le plus vieux s'adresse au mari: « Faites un peu voir vos papiers! » Debout devant le pandore le papa en devenir s'insurge: « Mes papiers.... et pourquoi? » Troisième phrase idiote! On ne pose pas cette question à un gendarme! Entre les beaux-parents, le gendre et les gendarmes la tension monte. Le silence se fait pesant!
La porte de la clinique s'ouvre, apparaît une infirmière qui crie; « Monsieur! monsieur! c'est un garçon! » Le calme s'installe puis l'heureux père explose: « Un garçon, c'est un garçon, gendarme il faut que je vous embrasse! », et il donne une vigoureuse accolade au pandore médusé. Puis suivi des beaux-parents il s'engouffre dans la clinique.
Le plus agé des gendarmes regarde Figasse, pousse un long, très long soupir puis, s'adressant à son collègue: « Rend les papiers au chauffeur, déchire le P.V. » Puis à La Figue: « Ils ont oubliés la valise! Allez la porter, montez dans votre camion! Partez! Il ne s'est rien passé, je ne vous ai pas vu, vous non plus! Bonne journée, chauffeur! » « Bonne journée Messieurs les gendarmes! » Il est presque six heures, à l'est le ciel s'éclaircit!
Figasse nous raconta cette histoire un Dimanche à la terrasse du bar des Platanes. Il termina en disant: « J'aimerai bien qu'une infirmière vienne me dire: c'est un garçon! » Réflexion du grand Robert: « Tu as déjà huit filles, c'est pas suffisant? » Désabusé Figasse répondit: « Robert, sais-tu ce que c'est d'avoir neuf femmes à la maison! »



FLAMAND ET DANOIS

Posté le 17/09/2007 à 12:00 par alainmarine

Je marchais vite en lisant des paperasses diverses et tournant le coin d'un bâtiments de la douane d'Aachen, (prononcez Aaren où Aix-la-Chapelle au choix!), je percutais un bloc de granit.
Rude choc! Le souffle coupé je fis deux pas en arrière, perdis l'équilibre et prit un contact brutal avec le bitume! A moitié sonné je vis se pencher vers moi une foisonnante barbe rousse, un grand sourire au dents blanches, des yeux bleus candides et tandis qu'une main grosse comme une patte d'ours m'empoignait par le bras pour me relever, une voix paisible disait: « Verontschuldiugt, Mijheer, ik zich niet had gezien! ». (Excusez-moi, Monsieur, je ne vous avais pas vu!). Encore secoué je répondis au colosse qui me faisait face: « C'est moi qui ne regardais pas ou j'allais! ». « Voî! vous français! je flamand et moi je parler français aussi! Je être Jeff van Rikj! »
Nous mettions un peu d'ordre dans nos cabines quand deux douaniers allemands vinrent nous demander notre aide. Ils désiraient utiliser nos remorques, qui n'étaient pas plombées, pour entraîner leurs chiens détecteurs de drogue. A certaines personnes on ne saurai refuser un service surtout pour la bonne cause!
Les leurres mis en place, les maîtres-chiens lancèrent leurs toutous à l'assaut de nos camions! Des bergers allemands splendides qui n'ayant pas été dressés pour l'attaque se montrèrent amicaux. Ils acceptèrent sereinement mes caresses, mais firent mille démonstrations de joie à celles du paisible flamand.
Exercice fini et réussi, les douaniers nous remercièrent, (ça fait bizarre d'être remercié par un douanier...!) et s'éloignèrent avec leurs toutous. Jeff me dit: « Chiens gentils! Moi aimer chiens! »
Hendaye, cinq mois plus tard, je retrouve Jeff. Nous chargeons diverses denrées d'origines espagnoles. J'ai plaisir de bavarder avec ce sympathique et calme flamand. Remorques chargées nous décidons de faire un bout de route ensemble! Direction Bordeaux par la R.N.10. Au niveau de Labouheyre j'éprouve le besoin de faire un arrêt, je guide le camion sur l'aire de repos suivi par Jeff. A l'instant ou nous allons stopper, une 2CV, garée en lisière de la forêt, démarre laissant voir un pauvre chien qui, lié à un arbre, se débat et dont, malgré le bruit des moteurs, nous entendons les hurlements. Jeff réagit avec une promptitude incroyable pour lui! Il me crie: « Toi! chien! Attendre! Je revenir... », et il fait rugir les 340 CV de son Volvo.
C'est un chiot qui est attaché. En me voyant il cesse de crier, se recroqueville autant que ses liens le lui permettent et se met à trembler. Il est maigre, son pelage souillé de terre et de boue et une fois libéré vacille et tombe. Je le prend dans mes bras pour le porter au camion, et fichu le t-shirt jaune à fleurs phosphorescentes, (c'est l'époque du peace and love, mon frère!).
Je le dépose du coté passager (Aïe, aïe, mon beau tapis ciré!) et dans mon sac de linge attrape deux serviettes de toilettes. Une sur le siège ou j'installe le chien, l'autre au sol. Je lui tend un récipient plein d'eau qu'il lape avec avidité, répandant du liquide et de la bave tout autour de lui! Je lui parle et à force de caresses je le calme. Dans ma glacière portative il n'y a qu'un un saucisson! La première rondelle est avalée plus que mâchée et de rondelles en rondelles le saucisson disparaît. Repu, rassuré le chiot s'endort. Il a à peine trois mois et des pattasses énormes, ça promet d'être un gros toutou!
Jeff revient. J'interroge: « Alors? » « Moi rattraper voiture, dire chauffeur pas correct ce qu'il a fait! Mais lui crier après moi. Maintenant avoir du mal a rentrer chez lui! » « Jeff, tu as cassé sa voiture? » « Pourquoi? Voiture avoir rien fait! Mais pour lui difficile conduire avec yeux fermés! Que fait chien? »....Je souris. « Il dort le chien, il a salopé ma cabine, sali deux serviettes moelleuses, il a bouffé un saucisson et une boite de pâté et maintenant il dort! »
J'ouvre la portière. «Voï! Devoir nettoyer! Quoi faire du toutou? » « Je ne peux pas le garder. A Bordeaux je le laisserai à la S.P.A. » « Ca fourrière? » « Heu! Oui! » Un silence! « Je peux prendre! A Oostende minj ouders (mes parents) avoir villa et jardin, chien bien! »
Il porte le chien dans son camion. Un arrêt sur une aire de service avant Bordeaux. Jeff pour des achats et moi pour refaire une cabine propre. Quelques câlins au chiot, au revoir à mon ami flamand qui poursuit sa route. Nous nous reverrons un de ces jours!
Deux ans passent et à la douane de Vintimille j'aperçois la barbe rousse de mon collègue. « Jeff! comment vas-tu? » Il me répond placidement comme si nous nous étions quittés la veille: « Ca va bien, sais-tu! » « Et le chien? » « Voï! Alle Klein (Tout petit) devenu bon gros chien! Papa, mama en vacances! Alors lui avec moi! Tu veux voir? » « Oui. » Il va chercher « Tout petit » et revient avec un énorme danois gris clair taché de noir.
Le chien m'aperçoit et s'arrête dans la posture du chien de chasse qui vient de voir un lièvre. Son mufle se tend, ses narines palpitent et tout soudain il s'élance. Pas le temps de faire un geste, en deux bonds il est sur moi, pose ses pattes sur mes épaules et me renverse.
Le sol italien est aussi dur à mon dos que le sol allemand. Au dessus de mon visage je vois un nez frémissant, une gueule grand'ouverte avec des dents blanches et acérées, je songe que je vais finir là, croqué par le chien comme le saucisson l'a été par le chiot! Mais allongé sur moi «Tout petit », d'une langue râpeuse et mouillée, me lave consciencieusement le visage tandis que j'entends Jeff rire de bon coeur.
Quand j'arrive à me relever Jeff me dit: « Danois avoir mauvaise vue mais souvenirs par goût et odeurs, « Tout petit » te reconnaître aux caresses et saucisson! »
En flattant de la main la bonne tête du danois je réponds: « C'est possible, mais je suis sur que son ancien maître lui te reconnaîtrais.... à la vue!».







MAGNANA PER LA MAGNANA

Posté le 06/09/2007 à 12:00 par alainmarine
Roanne, début du mois de mai. Je viens de charger quelques caisses qui contiennent deux métiers à tisser que je dois livrer du coté de Barcelone. Je n'apprécie pas! Mon premier voyage en Espagne ne m'a pas laissé de bons souvenirs.
J'étais à Lille quand Papé Blanchot, notre affréteur me téléphona: « Vais vous faire plaisir, je vous envoi au soleil (on était en plein mois de mars!) Vous chargez pour Vitoria! » « Vitoria? » « Vitoria, en Espagne, par Irun et San-Sébastian, apprenti! » « Merci, vénéré grand-père! » « Fichez-vous de moi! Et prévenez quand vous serez à Hendaye! ».
En ces temps quasi préhistoriques pour aller d'Hendaye à Irun il fallait passer le pont sur la Bidassoa.
Au début du pont, coté gauche, la guérite des douaniers français. Je fais viser mes documents et le gabelou de service me signale aimablement qu'à la sortie du pont, je devrai tourner à droite dans le parc de la douane espagnole et de ne pas manquer l'entrée surtout, les ibères n'aiment pas ça! A l'autre bout du pont, tout occupé par cette entrée à ne pas louper je ne vois pas sur ma droite la guérite des douaniers espagnols et j'oublie de stopper.
Le rappel à l'ordre est immédiat et bruyant. Je me fait copieusement engu....er. La sonorité de la langue de Cervantes met tout le voisinage au courant. Quand le préposé espagnol a fini de s'égosiller il s'occupe de mes papiers, (il prend son temps le bougre!) après quoi je peux enfin entrer dans le fameux parking de la douane d'Irun.
Je trouve mon transitaire et je lui demande quand je pourrai partir? La réponse à cette quertion est une des phrases de base de l'espagnol: « Magnana per la magnana! » qui peut se traduire par: « Demain matin! » où par « Dans quelques temps! » et même parfois par « Dieu seul le sait! »
Le lendemain direction San-Sebastian. Premier pépin, je loupe l'embranchement de la route de Vitoria et décide de prendre un autre itinéraire, deuxième pépin, je ne vois pas le panneau qui déconseille ce trajet aux poids-lourds.
J'entame alors une montée sévère, longue et sinueuse. Après quelques kilomètres mon moteur chauffe dur. Il devient urgent de faire une pause. Heureusement se profile la fin de la côte et un grand parking ou stationnent déjà des véhicules de la « Guardia Civil ». Je me gare à quelque distance et me prépare à descendre.
Capendious! Je n'en ai pas le temps, ma portière est ouverte avec violence, une main m'empoigne par la ceinture et me tire sans douceur hors de la cabine, le canon d'une mitraillette s'appuie sur mon estomac et un moustachu à tricorne me hurle je ne sais quoi en pleine face. Un autre moustachu mais à casquette, doré sur tranche, s'approche et parle au mitrailleur, dans le charabia je comprends le mot « francés »! Le tricorne se recule, me regarde d'un air dégoûté puis d'un mouvement du canon de son engin me fait signe de remonter dans le camion et de partir. J'obtempère illico! Il est des choses avec lesquelles on ne discutes pas!
Livraison et retour. Là, je ne perds que trois heures à attendre que soient dégagés de la chaussée des arbres abattus par des basques mécontents.
Je crains que ce second voyage en Ibérie ne soit aussi placé sous le signe de la « poisse espagnole ». Alors en approchant de La Junquera, malgré moi, j'angoisse! Et puis rien! Je passe la frontière en douceur, les douaniers sont efficaces, la route de Barcelone sans embûches! Arrivé dans la capitale de la Catalogne je salue au passage la statue de Christophe Colomb et pénètre sur les quais du port dans le centre T.I.R. pour les vérifications obligatoires.
L'agent-vérificateur est un petit homme vêtu de sombre. Il a une fine moustache noire et ses paupières tombantes lui donnent l'air d'un cocker triste. Il désire vérifier trois caisses et déplombe le cordon T.I.R. que je retire. Je débâche.
Il fait sortir les caisses. Les deux premières sont imposantes et, ouvertes, laissent voir des barres, des tubes, des plaques de couleur verdâtre. La troisième, plus petite, est lourde et le connaissement m'indique qu'elle contient douze mille cinq cent boulons.
Le vérificateur fait replacer les deux grandes caisses puis s'adresse à un ouvrier qui s'éloigne. Il revient avec un grand carré de toile cirée qu'il étale sur le sol.
Le douanier ôte sa veste, la plie soigneusement, vide sur la toile cirée vis et écrous, s'assied et se met à faire des petits tas: dix écrous par ici, dix vis par là! Je suis abasourdi!
Je questionne: « Ustedes todos va contarles? » (Vous allez tous les compter?). « Si! »
Là je devrai me taire, monter dans le camion, prendre un livre, faire n'importe quoi! Non, malgré moi, je m'entend poser la question fatale: « Pero cuando habra acabado? » (Mais quand aurez-vous fini?).
Il lève vers moi son regard de cocker, un semblant de sourire étire ses lèvres et sa moustache et d'une voix atone me répond: « Magnana...per la magnana! »......Je vais pouvoir visiter Barcelone....La « poisse espagnole » aura un bon coté!









[FONT=Times]

LE TIERCE SELON CHARLEMAGNE

Posté le 24/07/2007 à 12:00 par alainmarine
Le Tiercé.

Je viens de rencontrer par hasard un ancien copain: Toussaint Napoléon Charlemagne M'Boué dit Charlot. Nous étions ensemble chez le Vieux. Après son énième P.V. pour des broutilles, (trop d'heures de conduite, remorque trop chargée, vitesse un peu trop élevée, etc..) Charlot estima que les pandores devenaient tatillons et qu'un retour à la palabre ancestrale s'imposait. Il acheta trois vieux camions puis avec deux amis, direction le Sénègal via l'Espagne, Gibraltar, le Maroc, et la Mauritanie. Le voyage dura quatre mois durant lesquels il subit maintes galères: crevaisons, pannes diverses, ensablement, etc...! Un bahut rendit l'âme et termina la route tiré par les autres! Au terme du périple les trois épaves furent mises entre les mains de professionnels inconnus chez nous, les Marabouts-Mécaniciens. Il y eut des incantations, des coups de marteau, des danses, des soudures au chalumeau, des moteurs démontés et des coqs sacrifiés, des chants et des boites de vitesses en morceaux, des gris-gris agités, des coups de pinceaux et un grand festin! Après quoi devenu propriétaire de deux camions flambant presque neufs, Charlot créa son entreprise de transport loin des tracasseries administratives et gendarmesques.
C'est un défaut commun qui souda notre amitié. Nous faisions très sérieusement notre travail sans jamais nous prendre au sérieux! Quand le samedi nous réunissait à « la boite », nos fous-rires (le rire tonitruant de Charlot surtout!) et nos facéties (mes déplorables jeux de mots en particulier!) semaient la pagaille au bureau ou à l'atelier au point que le chef de garage disait que: « depuis que je connais ces deux là, je ne peux plus boire un café-crème...!). Allusion délicate à la couleur des intéressés qui s'en fichaient et trouvaient ça plutôt drôle!
Nos retrouvailles ne pouvaient se contenter d'un simple « Bonjour! » sur le trottoir. Un Bar-P.M.U. se trouvait à proximité, nous nous y rendîmes de façon à être assis pour fêter l'évènement.
Nous entrâmes dans une atmosphère de cathédrale! Quatre ou cinq clients au comptoir qui parlent à voix basse, et une quinzaine d'autres attablés, plongés en silence dans les pronostics du tiercé.
A peine installé, le dos tourné à la salle, Charlot pointa son pouce par dessus son épaule: « Qu'est-ce que c'est que ces zombies? » « Des joueurs de tiercé! » Je lis l'incrédulité dans son regard: « C'est pas possible! Souviens-toi! Le tiercé dominical à trois francs (0,5€) à faire avant midi c'était l'amusement, les réunions entre copains, les tickets à plier dans un sens puis dans l'autre et on s'y trompait souvent, les encoches à faire à la pince spéciale qui cassait toujours au moment crucial, les cris, les rires...! On ne gagnait pas mais c'était convivial, en un mot on avait le pronostic bas et le verbe haut!... » Il médite un instant: « Pourtant j'ai gagné un tiercé dans l'ordre une fois! ».
Sourire! « Je faisais mes premières armes chez les frères Cabassol à Manosque. Petit camion, petites tournées et repos le dimanche. En 1963 la fièvre touristique n'avait pas atteint ce qui était encore les « Basses Alpes » et Manosque, coté distraction du dimanche, ce n'était pas Luna-Park!
Le matin voyait la gens féminine se rendre à la grand Messe de dix heures et demi et les mécréants masculins aller au café de Gilberte pour boire le pastis, faire une partie de boules et jouer au tiercé! Je suivais le mouvement. Ce dimanche de Juin, paisible, assis à la terrasse, à l'ombre des platanes, je fus interpellé par Amédée, brave garçon un peu simplet qui servait d'extra au restaurant où je déjeunais: « Bonjour Mr. M'Boué! ». « Salut Médée! Qu'est-ce que tu fais là? ». « Je viens faire des tiercés pour des clients, vous voulez en faire un Mr. M'Boué? J'ai encore un ticket! ». « On le fait ensemble alors Médée... et puis restons simples, appelle-moi Charlemagne! » Quelques minutes de discutions pour choisir trois chevaux et Amédée parti remplir sa mission! Comme il s'agissait, je crois, du Prix de Diane, il y avait de nombreux parieurs.
Pour trouver un peu de fraîcheur et faire une sieste tranquille je passais l'après-midi au bord de la Durance, bavardant sur le tard avec quelques pêcheurs. Je rentrais dîner ayant totalement oublié le tiercé du matin. Amédée se précipita sur moi! « Mr. M'Boué! Charlemagne! On a gagné! On a gagné! Dans l'ordre! Le tiercé...! ». J'étais le plus agé, je me devais de rester le plus serein! « Nous avons gagné?...Dans l'ordre?....Eh bien! Nous saurons de combien nous sommes plus riches tout de suite après les informations! Un peu de patience Médée, je suis bien content pour toi! ». Et je pensais: pour moi aussi.
Je ne sais plus quel présentateur annonça les résultats et rapports du tiercé! Zitronne? Darget? Peu importe! Amédée et moi avions bien choisi nos chevaux et plusieurs milliers de parieurs aussi: la fortune des gagnants s'élevait à la somme fabuleuse de 36 francs, (6€). La déception d'Amédée était visible, je cachai la mienne en jouant les grands seigneurs: « On ne réussit pas à tous les coups. Garde le ticket pour toi, Amédée, ça ira pour les pourboires que je ne t'ai jamais donnés. »
Voilà, conclut Charlot, comment je ne suis pas devenu millionnaire! ». Je terminai l'histoire en disant: « C'est alors que tu es venu chez Le Vieux? » « Oui, dit Charlot, j'ai suivi le cours de la Durance! » Il ajoute: « On dîne ensemble ce soir? ».
Sans attendre une réponse qu'il devine positive, il se lève en disant: « Allez viens, on va jouer!... » Je lui emboîte le pas et incrèdule: « Tu va faire un tiercé? » Il me toise d'un oeil moqueur: « Non!.. Un Loto!... ».


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